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| LOS ANGELES, CAPITALE DE L'UNIVERS DU FAUX, LE MONDE, 16 MAI 1997 |
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L. A. Confidential. Contre toute attente, Curtis Hanson signe une œuvre très réussie, à rebours du film noir chandlérien. SÉLECTION OFFICIELLE EN COMPETITION Fllm américain de Curtis Hanson. Avec Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce, lames Cromwell, Kim Baslnger, Danny DeVito. (2 h 20.) l. A. Confidential conjuguait un certain nombre de handicaps qui en faisait un projet enterré d'avance : une adaptation du roman homonyme de James Ellroy, son plus complexe, et sans doute le moins à même de se conformer aux canons hollywodiens ; un essai de film noir rétro situé dans les années 50 alors que toutes les tentatives menées dans cette direction ces dernières années, Bugsy, de Barry Levinson, ou Le Diable en robe bleue, de Carl Franklin, n'ont mené nulle part ; la présence encombrante de Curtis Hanson derrière la caméra, le réalisateur de faux témoin et de La Main sur le berceau, deux thrillers d'où ne surgissait strictement aucune idée. Contre toute attente, LA. Confidential est un film très réussi. Il est impossible de négliger la manière dont Hanson revisite un genre suranné pour lui enlever toute nostalgie. L . A. Confidential va à l'opposé d'un film noir chandlérien. Il n'y a plus de bon vieux temps, ni de souvenirs d'une époque grandiose dont on essaie désespérément de retrouver le parfum. Des années 50, il ne reste que quelques costumes, souvent très mal coupés, à l'exception de ceux du flic interprété par Kevin Spacey qui a sans doute dû vendre son âme à son tailleur, des grosses Bentley, un feutre mou, des télévisions en noir et blanc, et un téléphone en bakélite. Le clinquant ne s'insère pas dans l'univers de Curtis Hanson. Tout est égalisé dans un effort qui tend vers l'ordinaire. Et si cet ordinaire est à ce point stimulant à l'écran, c'est tout simplement parce qu'il parle du présent en utilisant l'imparfait. Du roman d'Ellroy, une vaste saga construite autour de trois flics de la police de Los Angeles, Curtis Hanson a retenu les trois personnages principaux. Ed Exley, un jeune policier à l'intelligence foudroyante, obsédé par la carrière exemplaire de son père dans la même unité — et qui cherche à la dépasser. Bud White, un bulldozer sans aucune subtilité, hanté par le souvenir de sa mère battue à mort par son père, et qui se transforme en un golem chauffé à blanc dès qu'il aperçoit une femme martyrisée. « Poubelle » Jack Vincennes, un flic dandy qui terrorise les stars pour le compte d'un magazine à scandales en échange de quelques billets, et dont le désir de mettre au jour la vie privée des autres contraste avec une volonté obsessionnelle d'étouffer un secret de famille. Dans son roman, Ellroy faisait des complexes de ses personnages, et de leur hantise la matière de son livre. Hanson a au contraire complètement minimisé leur part maudite et gommé les notations glauques du roman. Non que la pourriture soit absente de ce film, mais elle est plus diffuse et s'insinue plus sournoisement. Curtis Hanson a retenu de L A. Confidential une simple idée exploitée au maximum. Les destins de Fd Exley, « Poubelle » Vincennes et Bud White se trouvaient mêlés lorsque survient un carnage dans un bar qui sert de plaque tournante à la prostitution et au trafic de drogue. Parmi les cadavres se trouve un sosie de Rita Hayworth, et, derrière cette réplique, une agence de call-girls spécialisée dans les sosies de stars, toutes les filles étant retouchées à coups de bistouri pour mieux se conformer à leur modèle. Hanson a donc retenu l'idée la plus forte d'Ellroy : Los Angeles n'est pas seulement une ville qui se berce d'illusions, elle incarne l'univers du faux par excellence. « Poubelle » Vincennes fait affaire de conseiller technique pour Badge of Honor, une série télévisée sur la police, Bud White tombe amoureux de Lynn Bracken (Kim Basinger), dont la profession est d'être le sosie de Veronica Lake. Tout au long du film, des téléviseurs sont allumés comme s'il s'agissait là d'une source d'énergie sur laquelle les personnages ont besoin de se brancher pour continuer d'exister. LA VRAIE LANA TURNER Jusqu'à ce jour, jamais Kim Basinger n'avait été aussi bien utilisée au cinéma. Cette réussite est le fruit de son médiocre talent d'actrice et de la banalité de son visage, qui en font un ersatz de star hollywoodienne, réminiscence d'un certain glamour. Ce n'est pas qu'il soit difficile de démêler le vrai du faux dans L A. Confidential, au contraire, mais il semble que cette différenciation ne possède plus aucune importance. Dans le film noir classique, la complexité des personnages explique toujours leur fausse apparence. Au cours de son enquête, Ed Exley entre dans un bar pour coffrer le bras droit d'un mafieux. Le surprenant en compagnie d'une blonde plantureuse, il demande à cette dernière d'arrêter son numéro de Lana Turner jusqu'à ce que celle-ci lui lance son verre de whisky à la figure. Il s'agissait de la vraie Lana Turner. Dans L.A. Confidential, la différence entre la fiction et la réalité, entre le cinéma et ce qui lui est extérieur, n'a plus aucune importance. La fausse Veronica Lake est plus attrayante que la vraie, avoue Bud White sur son oreiller. La vraie Veronica Lake existe-elle seulement ? On pourra toujours se dépatouiller entre le bien et le mal dans L A. Confidential se laisser bercer par cette rengaine bien orchestrée par Curtis Hanson où la corruption serait venue gangrener tous les étages de notre système, mais le film dit bien plus que cela : il célèbre le triomphe de la copie sur l'original.
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