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FRANCOIS GUERIF DES EDITIONS RIVAGES

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François Guérif, Paris, 12 mars 1997, séance de dédicace d'Ellroy à la FNAC Les Halles

Histoire du film noir américain + 400 photos noir et blanc Réunion d'entretiens diversement publiés par François Guérif Conversations avec Claude Chabrol

Biographie & Interview

Portrait

Article du Monde, 16/10/1987

La croisade de François Guérif

IMPOSSIBLE, si l'on est amateur de romans ou de films noirs, de ne pas avoir entendu parler un jour ou l'autre, de François Guérif. Auteur de biographies d'acteurs et de sommes spécialisées comme le Film noir américain ou le Cinéma policier français (1), traducteur, libraire, directeur de collections, animateur de feu la revue Polar (2), cet homme-là est un passionné, un vrai. De ceux qui n'hésitent pas à se transformer en détective, en entomologiste, pour faire découvrir les oeuvres méconnues. De ceux qui, pour l'amour du genre, ne comptent ni leur temps ni - souvent leur argent. De ceux, en somme, qui ne vivent pas du polar, mais pour le polar. Depuis avril 1986, François Guérif est directeur de la collection Rivages/noir, qu'il a créée aux éditions Rivages.

En dix-huit mois, il en a fait l'une des toutes meilleures sur le marché, et vient d'ailleurs d'obtenir le Grand Prix de littérature policière - catégorie étranger - pour Là où dansent les morts, de Tony Hillerman. Une distinction qui récompense aussi une sacrée persévérance. Car Guérif revient de loin. Avant Rivages/noir, il a dirigé ou codirigé Red Label, Fayard/noir, Engrenage international. Autant de collections qui sont, aujourd'hui, mortes et enterrées au grand cimetière de l'édition policière. S'il n'en a pas conçu trop d'amertume, Guérif dresse un constat: "Les éditeurs sont trop impatients. Il faut du temps pour constituer une bonne collection, dans le policier comme ailleurs. Ce n'est que passé un certain cap, vers le vingt-cinquième ou trentième bouquin, que chaque nouveau livre tire les précédents et que tous les titres peuvent continuer leur vie. Et puis, un directeur de collection a besoin d'être soutenu, encouragé, il veut que ses choix soient discutés. Or je crois que c'est la première fois, chez Rivages/noir, que l'éditeur lit les livres que je lui propose...".

Guérif dénonce également le "suivisme", le refus de prendre des risques. Un livre comme le dernier James Ellroy publié par Rivages/noir revient, pour les seuls achats de droits et la traduction, à 40 000 francs environ. Un chiffre énorme pour une collection au prix de poche et au tirage moyen de 10 000 exemplaires. Le même livre, réédité ailleurs, reviendra à 5 000 francs pour les droits et à 4 000 francs pour un forfait traduction. Dès lors, pour certains, le polar, ce n'est plus que la mise en coupe règlée des catalogues existants. Comme les vautours de western Guérif a ainsi calculé que vingt-trois des vingt-cinq titres de feu Red Label avaient été réédités ailleurs. Et il se souvient aussi que "le soir, ou presque, de la mort d'Engrenage international, les agents se battaient au téléphone pour acheter les droits des Wetering, Thompson, etc. Ils se partageaient le cadavre encore chaud comme les vautours de western!". Exemple inverse, mais tout aussi significatif: "J'avais fait traduire la Lune dans le caniveau, de Goodis, pour Red Label ; mais l'éditeur a disparu avant que le livre ne soit publié. Pendant six mois, j'ai fait le tour des maisons d'édition ; personne n'en voulait. J'ai vraiment vu le moment où j'allais payer le traducteur de ma poche!"

Autre cible guérifienne: la standardisation. Lui qui prôche pour un absolu respect de l'oeuvre et de l'auteur a un jour découvert, par hasard, en feuilletant un lot que lui apportait un client de sa librairie, que pour Midi sonné, de John D. MacDonald, la traduction française commençait directement au deuxième chapitre! Des anecdotes de ce genre, Guérif en a à revendre. Elles l'ont, en tout cas, encouragé à prendre l'exact contrepied de ces moeurs. Parmi la trentaine de titres qui figurent aujourd'hui au catalogue de Rivages/noir, les deux tiers sont des inédits, en traduction intégrale. Au prix, parfois, d'un labeur de bénédictin, doublé de la ruse d'un Sioux. Faute d'exemplaires originaux même l'éditeur américain n'en disposait pas, - la plupart des Goodis traduits par François Guérif l'ont été sur photocopies. Et les admirateurs de Jim Thompson ne doivent la traduction d'Obsession qu'à quelque GI impécunieux revendant aux puces un exemplaire qui portait encore le tampon de sa garnison en Europe! N'importe. Rivages/noir et Guérif sont bien décidés à poursuivre dans la voie qu'ils se sont fixée.

Et les prochaines livraisons ont de quoi faire rêver plus d'un festivalier: encore un recueil goodisien, hélas! sans doute le dernier - des nouvelles rassemblées sous le titre de Beauté bleue, - trois William Burnett, deux Joseph Hansen, deux James Ellroy et, last but not least, un Peter Corris, qu'on surnomme, parait-il, aux antipodes, le Chandler australien. "Et dire", soupire Guérif, un brin goguenard, "qu'il est des éditeurs pour se plaindre de ne savoir quoi publier..."

(1) Editions Henry Veyrier.
(2) Qui devrait, François Guérif dixit, renaître de ses cendres dans les premiers mois de l'année prochaine.

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