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ENTRETIEN AVEC PREMIERE, AOUT 1995

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"Les producteurs et les réalisateurs peuvent faire ce qu’ils veulent de mes bouquins, je m’en fous. Si quelqu’un veut me donner de l’argent pour acheter les droits de mes livres, je le prends. De toute manière, je serai toujours déçu par les adaptations pour la simple raison que mes intrigues seront comprimées à outrance. Cela dit, j’utilise souvent Hollywood dans mes livres parce que c’est un repaire d’ordures et de pervers fascinant et effrayant, et un bon pourvoyeur d’histoires et de ragots.

Ca fait un an et demi que je ne suis pas allé au cinéma. Le dernier film que j’ai vu, c’était Le Fugitif. J’ai le souvenir d’une chose très rapide, assourdissante et stupide, qui se termine dans une bagarre à mains nues entre deux quinquagénaires cardiaques. Je me suis dit que je ne retournerai jamais au cinéma. Et j’ai tenu parole. Pourtant la série télé « Le fugitif » a tenu une place importante dans ma décision de devenir écrivain. A cette époque, je me suis identifié au personnage de David Janssen, hanté par la recherche de l’assassin de sa femme, changeant de ville toutes les semaines et dont les plus belles femmes tombent amoureuses. C’est ce que je voulais quand j’étais môme. Il m’arrivera sans doute de regarder des films noirs en vidéo, mais je ne refouterai plus les pieds dans un salle. J’en ai rien à foutre du cinéma comme oeuvre d’art. Je pense que mes désirs d’écrivains sont bien mieux satisfait si je m’abstiens d’être influencé par la culture populaire. Le cinéma, c’est comme de la merde dans mon cerveau. Je ne peux plus envisager d’aller voir un film récent, sauf si c’est l’adaptation d’un de mes livres ou un documentaire sur moi.

J’ai vu mon premier film en 54, à l’âge de 6 ans. C’était La Fontaine des amours de Jean Negulesco. Ensuite, vers 9-10 ans j’ai vu quelques films qu’ont peut classer dans le genre des cambriolages qui tournent mal, comme L’Ultime Razzia de Kubrick ou Hold-Up (Plunder Road) d’Hubert Cornfield, où le casse est méticuleusement préparé et où ça foire parce les mecs sont un peu tarés. La psychologie tordue, la fragilité humaine, ça m’impressionne comme thème, et ça a peut-être été la genèse de mon roman La Colline aux suicidés, dans lequel il y a un cambriolage raté. Adolescent, j’allais au cinéma sans choisir mes films, mais je voyais surtout des policiers. Je me souviens avoir été un peu attiré par ces grandes épopées religieuses que sont La Tunique ou Les Dix Commandements, mais je m’ennuyais tellement que je m’endormais. Je passais de l’église au cinéma. Je ne vais plus à l’église depuis l’assassinat de ma mère.

Je ne pense pas que mon écriture soit très visuelle, même s’il se peut que son rythme soit similaire à celui du cinéma. Dans un roman, on peut raconter une histoire complexe de façon rapide. Dans un film non. Il faudrait trop de temps. Je regrette, par exemple, qu’on ne donne jamais assez de détails sur les enquêtes policières. La plupart des films criminels contemporains utilisent de manière outrancière les scènes d’action. J’ai beaucoup aimé Police Federal Los Angeles, sauf qu’il y a une stupide poursuite en voiture de quinze minutes qui m’a gâché le plaisir. En revanche, j’adore Le Parrain 2, mais pas le 1 ni le 3, Nashville, Le Violent (Nicholas Ray), Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, La Griffe du passé et ... La Nuit de San Lorenzo. Mais je vous rassure, c’est le seul film des frères Taviani que j’aime."

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