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| L'EFFET ELLROY, LE MONDE, 26 janvier 1989
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COP DE JAMES B.HARRIS
PREMIER volet d'une trilogie des aventures du sergent Lloyd Hopkins,
de la police de Los Angeles (LAPD), Lune sanglante, de l'Américain
James Ellroy, adapté à l'écran par James
B. Harris sous le titre Cop, a été pour le lecteur
français de romans noirs l'événement de l'année
1987. A cause de la nuit et la Colline aux suicidés, n'ont
fait qu'affirmer l'évidence du talent révélé
par le premier titre. Le succès n'a pas faibli puisque,
avec Clandestin, paru en décembre dernier, les éditions
Rivages ont publié six romans de James Ellroy, en dix-huit
mois dont le prodigieux Dahlia noir. Lloyd Hopkins, le sergent
de Lune sanglante, possède une hérédité
chargée. Comme le Philip Marlowe de Chandler, il est le
meilleur et, à l'image du Sam Spade d'Hammett, il est violent.
Et comme le Mike Hammer créé par Mickey Spillane
il frappe fort. Le sergent Lloyd arbore le regard écoeuré
de l'inspecteur Harry, popularisé par Clint Eastwood, en
butte aux procédures légalistes de la police. Comme
beaucoup de solitaires qui peuplent le genre, il tient du héros
de western et traîne ses bottes de justicier dans une ville
- Los Angeles - trop civilisée pour lui. Même s'il
se situe résolument du côté des victimes,
il a l'ardeur dangereuse des héros troubles, tel le paumé
de Taxi Driver, de Martin Scorsese, qui veut sauver une innocente.
Mais, plus que tout, Lloyd Hopkins fonctionne à l'intuition
et à l'identification avec le meurtrier, comme le héros
du Dragon rouge, de Thomas Harris, adapté par Michael Mann
dans le Sixième Sens. Les héros d'Ellroy rendent
falots ceux du 87e District d'Ed McBain. Leur vrai père
est Joseph Wambaugh, celui du Crépuscule des flics, qui
" s'intéresse aux policiers déstabilisés
par leur métier, blessés par leur travail ".
En trois mouvements Lloyd Hopkins a brillamment conquis sa place
dans l'enfer des psychopathes, au même titre que les criminels
et autres personnages d'Ellroy. Mais, dans ce royaume-là,
un Robert Bloch l'a largement devancé, ne serait-ce qu'avec
le Monde des ténèbres. Si les romans d'Ellroy s'appuient
sur une solide documentation, ils ne possèdent pourtant
pas la rigueur de ceux des maitres du roman de procédure
que sont Hillary Waugh et Ed McBain. Ils n'atteignent pas, non
plus, la force descriptive d'un Herbert Liberman dans Necropolis,
par exemple. L'effet Ellroy vient d'une savante assimilation de
ce qui le précède. Il crée la nouveauté
par un lyrisme sans égal servi par un style et un ton inusités.
L'effet Ellroy vient d'une écriture agressive et travaillée
pour emporter soit l'adhésion, soit le rejet du lecteur.
Sa lecture n'offre pas de demi-mesure: elle fascine qui en accepte
l'excès et la démesure, parce qu'il est, avant tout,
un fabuleux conteur. De plus, il s'y ajoute une mystique habile
de la violence qui présente le grand confort d'identifier
le mal, à défaut du bien. La mécanique Ellroy
s'articule autour de thèmes populaires, résolument
accrocheurs, comme l'innocence (des victimes mais aussi des criminels),
le pêché originel et la rédemption. Dans ce
contexte, le héros tient plus du missionnaire que de l'enquêteur
salarié: " Je l'attraperai, et il s'éloigna,
sachant que son vieil ami lui avait donné l'absolution,
une carte blanche pour ce qu'il lui faudrait faire quelles que
soient les règles qu'il lui faudrait enfreindre. "
Ce type de messianisme se révèle payant parce que,
au fond de lui, le lecteur rêve toujours au héros
qu'il n'a ni le courage ni le talent d'être. |
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