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RENCONTRE AVEC LE REALISATEUR, LE MONDE, 26 janvier 1989

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COP DE JAMES B.HARRIS

CINQUANTE-NEUF ans, mais l'énergie d'un jeune-homme, petit, caustique, rageur, James B. Harris ne tient pas en place et parle à la vitesse d'une mitraillette. Il a fait ses débuts en fondant avec un camarade de classe une maison de distribution pour le cinéma et la télévision. Il avait vingt et un ans. Pendant la guerre de Corée, il a tourné plusieurs documentaires, puis a rencontré Stanley Kubrick, avec lequel il s'est associé, et a tourné Ultime razzia, les Sentiers de la gloire, Lolita. Après avoir travaillé sur Docteur Folamour, il se lance en 1965 dans la réalisation et met en scène Aux postes de combat. Huit ans plus tard, Sleeping Beauty, et en 1981 un premier film avec James Woods, Fast Walking. James B. Harris est l'un des plus farouches " indépendants " du cinéma américain. D'où de longues périodes d'attente. Ce ne sont pas les propositions qui manquent, mais il place la barre très haut. Il se sent, dit-il, " l'obligation de trouver des sujets et un matériau du même calibre que Stanley Kubrick et moi aurions envisagé. Un tel idéalisme devient vite négatif ". Pourtant, James B. Harris ne se pose pas en victime: " On ne va pas reprocher aux financiers de vouloir faire de l'argent. Mais le salut viendra des stars. Leur consentement suffit à enclencher les investissements, et comme les acteurs qui sont parvenus à ce statut de star souhaitent le conserver, ils veulent participer à des oeuvres qui donnent un tant soit peu à réfléchir. Seul le succès permet de continuer. " Cela posé, le public de certains films est ciblé, limité. Il existe, en tout cas, et parfois, avec un peu de chance, on peut trouver le moyen de faire le pont entre différentes catégories de spectateurs. C'est un peu comme avec le jazz et la musique pop, certains artistes parviennent à intéresser les deux types d'audience. " Avant même de chercher une star, James B. Harris a décidé qu'il tournerait Cop et a écrit l'adaptation du roman d'Ellroy, auteur que l'on compare parfois à James Cain, Raymond Chandler, Charles Williams ou Jim Thomson... " On me parle souvent de Jim Thomson, sans doute à cause de sa collaboration à Ultime razzia et Sentiers de la gloire. Kubrick et moi lui avons commandé et payé rubis sur l'ongle un roman dont nous aurions gardé les droits pour le cinéma, et qu'il pouvait publier chez son éditeur habituel. Il nous a livré son manuscrit, qui s'appelait Un fou en liberté. Et voilà que nous en avons perdu la seule copie... Nous avions autre chose en tête. Nous étions en pleine préparation de Lolita. Stanley l'a peut-être enfoui au fin fond de ses garages, on bien c'est moi... Mais si quelqu'un, un jour, le retrouve... " James B. Harris déplore le manque de considération du public pour le roman noir, de même que Clint Eastwood - qu'il admire profondément - regrette l'indifférence générale vis-à-vis du jazz. " Deux formes pourtant spécifiquement américaines. Mais les gens jugent le roman noir pas assez léger, amusant. Dans leurs lectures comme au cinéma, les Américains veulent se distraire. Or la distraction peut prendre bien des masques. Pour ma part, je la trouve précisément dans ces oeuvres sombres, stylistes, étranges, et qui provoquent en moi une sorte de jubilation mentale. " Probablement sous l'influence de la télévision, la plupart des spectateurs s'ennuient dès que tout n'est pas dit en deux minutes trente, et préfèrent les intrigues à rebondissements - un événement par page - au style. Or la littérature noire ressemble au jazz. La ligne mélodique est indiquée d'entrée. Si vous la gardez présente en mémoire, vous savourez les variations des musiciens. Aujourd'hui, au cinéma, la ligne mélodique me semble trop présente tout du long. On a l'impression de réécouter quarante fois d'affilée le même thème. " James B. Harris cite en exemple Martin Scorsese, Altman, Alan Rudolph, qui ne craignent pas de tourner des sujets complexes avec des héros antipathiques. Rôles que James Woods a interprétés plus souvent qu'à son tour. Mais depuis quelques années, il amorce un virage vers ce que l'on peut appeler un certaine séduction. " Il ne sera jamais un héros romantique à la Redford. Mais il possède un tel magnétisme que l'on s'attache à lui, même si ses personnages sont déplaisants. Comme Robert Duvall ou Klaus Maria Brandauer, il est fascinant parce que anticonventionnel. Au cours de nos premières discussions, il m'a avoué avoir toujours rêvé d'interpréter un flic qui tente de défoncer une porte à coups de pied, alors qu'il lui aurait suffi de tourner la poignée. Eh bien, voilà! il le fait, et c'est le style de Cop. Dur, avec des moments d'humour insolite. " Lorsque j'écris un scénario, je m'arrange pour que l'histoire se tienne sans trous d'air. Une fois sur le plateau, je reste à l'écoute. On accorde trop de crédit au metteur en scène mais, s'il sait écouter, il y gagne. Les trouvailles viennent souvent des autres. En tournage, on doit être capable de créer un libre mouvement des idées et garder les siennes en réserve, au cas où ersonne ne saurait quoi faire. Pour James Wood, il faut plutôt le retenir, le canaliser. En reprenant la comparaison avec le jazz, il est le meilleur soliste sur la place. "

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