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| TOUS NEVROPATHES, LE MONDE, 26 janvier 1989
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COP DE JAMES B.HARRIS
Tueur patenté du cinéma américain, James
Woods devient flic dans Cop. Un film qu'il coproduit avec James
B. Harris, ex-producteur de Stanley Kubrick et réalisateur
farouchement indépendant. Tous deux cependant tiennent
à récupérer leur mise et font ce qu'il faut
pour, en adaptant et simplifiant le roman d'un auteur dans le
vent, James Ellroy.
DANS une cabine téléphonique, un homme qu'on ne
voit pas essaie de joindre la police. C'est un petit casseur.
Il s'explique. En forçant la porte d'un appartement, il
a découvert le meurtre particulièrement horrible
d'une femme. Il veut le signaler anonymement. Lignes occupées,
opératrice indifférente, répondeur, c'est
la version californienne du "22 à Asnières".
Enfin, il tombe sur un flic. LE flic. James Woods, dans le film
de James B.Harris, Cop. Homme dévoré par son métier,
policier brutal et même grossier, excessivement individualiste,
James Woods prend la relève de Dirty Harry, tout aussi
efficace, mais beaucoup moins rigoureux. Il rappelle un autre
rôle de Clint Eastwood, que James B. Harris, dit-il, "admire
profondément" (voir ci-dessous), le flic ambitieux
de Corde raide, dont les pulsions équivoques se révèlent
tandis qu'il poursuit un meurtrier sadique. Avec son long visage
grêlé, sa grande bouche sensible, ses yeux à
fleur de front, James Woods n'a besoin de rien ni de personne
pour paraitre équivoque - il a eu son plus beau rôle
et gagné un Emmy dans Best Seller, avec son inénarrable
personnage de tueur à gages impassible, qui aime chanter
Plaisir d'amour. Ici, il aime son métier et le pratique
de façon passionnelle. Il se plante là où
a eu lieu un meurtre, examine, renifle, suppute, et, avec le regard
précis d'un tireur d'élite, découvre l'indice
nécessaire. Il est marié et a une petite fille qu'il
adore, à qui il raconte le soir les horreurs vécues
dans la journée. Ce qui la ravit autant et sans doute plus
que le Chaperon rouge. Lui veut l'éduquer pour qu'elle
ne devienne pas une de ces pauvres femmes éternellement
victimes pour avoir cru à la bonté humaine et aux
fins heureuses. La mère n'apprécie pas. Elle n'apprécie
pas non plus la perpétuelle tension de son mari. Elle s'en
va avec la petite.
James Woods ne s'embarrasse pas de scrupules. Il n'hésite
pas à embarquer une pute dont il vient d'abattre le client,
puis une autre qui a connu la femme horriblement assassinée,
et qui elle aussi sera tuée. De ses observations autant
que par intuition, il déduit que ces crimes font partie
d'une série commise par un même cinglé. Au
cours de son enquête, James Woods flingue un flic douteux
(Charles Haid, Renko dans Capitaine Furillo ) et drague une poétesse
féministe doucement névrosée (Lesley Ann
Wareen) qui tient d'Emma Bovary et de Blanche Dubois. James Woods
est entouré de figures pittoresques décrites avec
acuité et ironie, dont le capitaine méthodiste à
l'impeccable costume trois pièces, lucide quant à
la mentalité de son subordonné, réprobateur
mais pragmatique. L'histoire est tirée d'un foisonnant
roman de James Ellroy, Lune sanglante, avec lequel elle n'a plus
qu'un vague rapport. Ellroy entrecroise deux vies, celle de l'assassin
et celle du flic, qui sont comme le reflet l'une de l'autre. Le
film est vu uniquement du côté de James Woods. Coproducteur
du film, il ne quitte pas l'écran d'une seconde. Quels
que soient son talent et sa séduction bizarre, il est beaucoup
trop présent. D'autre part, la " scène première
" de cette série de meurtres est pour le moins différente
dans le film et le livre, où l'assassin, alors adolescent
amoureux de la jeune poétesse, se fait attirer dans un
piège. Une bande de jaloux - parmi lesquels le flic douteux
- lui ont fait croire que sa bien-aimée lui donnait un
rendez-vous, et, profitant de sa surprise, l'ont violé.
Dans le film (censure ou autocensure?), c'est la poétesse
qui s'est fait violer, d'où sa névrose, et son féminisme.
Les clichés machistes ne font pas peur, mais, du coup,
les motivations de l'assassin paraissent, si l'on ose dire, légères.
Et, surtout, on se demande pour quelles raisons le viol d'une
jeune fille serait plus acceptable, choquerait moins le public
que celui d'un homme. Bien que James B. Harris préfère
le style aux intrigues à rebondissements, il a seulement
réalisé sur le rythme haletant de rigueur un film
d'action standard - spécialité américaine,
autant que le jazz et le roman noir, - avec cependant un "plus"
de désinvolture, d'ironie élégante jusque
dans la façon de raconter l'horreur. |
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