Voilà trente minutes que, devant une assiette de cochonnailles,
je l'attends dans un café, place de la nation. C'est quand
j'attaque le pâté que Clotilde surgit, hilare, l'il
rivé à une caméra Digital Vidéo. C'est
sûr, Looking for Richard, qu'elle vient de voir l'a
pas mal marquée. Clotilde est ce qu'on appelle une " fille
nature ". Elle ne se met en colère que pour une
raison : l'incessant massacre orthographique de son nom.
" Clotilde, la sainte, reine des Francs et femme de
Clovis, s'écrit sans h. Pour le " au "
de Courau, je n'ai pas d'explication. Mais bon, on finira bien
par ne plus faire de faute ! "
La première fois qu'on voit Clotilde à l'écran,
c'est en 90, dans Le Petit Criminel, de Doillon. Elle a
20 ans, en paraît 15 et a déjà ses fossettes
quand elle sourit. Un minois qui n'échappe pas aux américains
qui l'engagent illico sur The Pickle, de Paul Mazursky,
inédit tant sur les écrans qu'en vidéo -
c'est dire le ratage ! " Juste après un
film d'auteur, je me retrouve, moi, petite française sachant
à peine parler l'anglais sur une superproduction en petite
amie de Danny Aiello ! J'aurais tendance à gommer
çà de ma mémoire. En même temps, c'est
mon premier contact avec les Etats-Unis. " Plutôt
porte-bonheur, puisqu'elle fait des progrès en anglais
et enchaîne une tournée théâtrale avec
John Malkovich comme partenaire. Huit mois entre New York et Chicago.
Plus dur est le retour au pays. " Je n'étais plus rien, affublée d'une réputation de caractérielle. Un réalisateur allemand m'a néanmoins demandée pour son film, Polski Crash. J'y jouais un pute. Pas du tout crédible puisque je refusais de me mettre à poil. Je gardais tout le temps mon manteau de fourrure. J'avais encore en tête ce qu'on nous apprend dans les cours : il n'y a que le talent qui compte. Et puis tu te frottes à la réalité de ce métier et tu t'aperçois que ce ne sont que des rapports de séduction. La femme n'y est qu'un objet utilisé avant tout pour sa sensualité. " Pas désabusée, Clotilde, juste plus mûre. Reste l'apparence, toujours juvénile. " C'est une chance. Pour Elisa, si j'avais fait mes 25 ans, c'était foutu. Idem pour le film de Jean-Loup Hubert, Marthe ou la promesse du jour, que je viens de finir avec Guillaume Depardieu. Pour Fred, c'était le contraire, j'avais l'air trop jeune pour faire une mère. Je me souviens, Pierre Jolivet m'appelle à Los Angeles et me dit : " J'ai un film à vous proposer. Le seul truc, c'est que vous serez souvent nue. " J'ai éclaté de rire, et c'était parti ! "
Un premier rôle aux côtés de Vincnet Lindon ne lui monte pas à la tête. Tous les jours, c'est en RER qu'elle se rend sur le tournage, à Bondoufle (Essonne). L'ambition de Clotilde n'est pas l'apparat mais les sonnantes et trébuchantes. " Je serai contente quand je toucherai le million. Le million ! Le million ! Là, je trouverai que mon salaire est correct. Sur Elisa, j'ai touché 150.000 francs pour deux mois de travail avec contrat d'exclusivité. Ma mère et ma sur travaillant à peine pour 7.000 balles mensuel, j'ai halluciné ! J'ai réalisé ensuite que je faisais un métier à part. Qu'on ne travaillait pas tous les jours et que 150.000 francs sur une année, c'était dérisoire. Il ne faut pas avoir peur de demander et gagner de l'argent. C'est se faire respecter soi et son travail. Si un producteur fait du fric sur un film, il n'y a pas de raison que les acteurs n'en tirent pas profit. Et puis, le million me permettre de coproduire. Car gagner de l'argent est également synonyme de liberté. "
Clotilde n'est pas pour autant obnubilée par l'argent. Elle ne signe jamais un contrat avant d'avoir bossé deux jours avec le metteur en scène. Elle n'hésite pas non plus à faire des participations. Exemple, le prochain Karim Dridi, Hors Jeu, qui se tournera cet été. Avant, elle repartira se déshabiller aux Etats-Unis en strip-teaseuse. " Je vais pouvoir mettre à profit ma sensualité ! D'ailleurs, dans Marthe ... aussi, y a pas mal de scènes ! " Jolivet dit de Clotilde qu'elle est en train de devenir une femme. C'est indubitable. Il suffit de la voir assumer sa féminité. A l'écran comme à la ville. " Oui, je profite de mes artifices. C'est une chance d'avoir tout ça ! Tenez, si on s'était rencontré ce matin, vous auriez eu droit à la chemise. Là, désolée, c'est le pull. La prochaine fois, promis, je mets une robe angora rouge bien décolletée et très courte. La matière, très douce, laisse percevoir des formes sans qu'on sache s'il y a de la lingerie en dessous. Ca s'enlève très vite, ça ne s'enlève pas, c'est comme on veut... " Il fait chaud, non ?
Par Cristophe Carrière